Interview
Pascal Quittemelle - APPPF
Pascal Quittemelle est photographe professionnel, il a créé l'Agence pour la Promotion de la Photographie Professionnelle en France. Cette agence organise «Les Photographies de l'année». La seconde édition est en route.
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| © Franck Lecrenay |
Pascal Quittemelle, vous êtes le créateur et l'organisateur du concours «Les Photographies de l'année». Quʼest-ce qui vous a amené à créer cet événement ?
On récompense le cinéma (César), la musique (Victoires de la musique), le théâtre (Molière), la littérature (Goncourt, Renaudot, Médicis, etc.), mais pas la photographie dans son ensemble et sa diversité. De la photographie animalière à la photographie de sport. Et en plus, on mélange souvent les photographes professionnels et les amateurs, sans que cela ne gêne personne ! Imaginez un instant que lors des prochaines victoires de la musique, Francis Cabrel ou Alain Souchon, soient en compétition contre l'oncle Roger et la belle soeur Denise, qui chantent formidablement bien aux repas de famille !!! C'est impensable. Pourtant, la photographie est souvent confrontée à cette dure réalité, même si les amateurs ont des dizaines de concours pour montrer leurs photographies. C'est pourquoi je pense que Les Photographies de l'année peuvent devenir l'un des événements importants de la photographie professionnelle.
Aujourd'hui, le marché de la photographie devient économiquement fragile, certains tirent leur épingle du jeu, les autres pas. Dans un tel contexte, existe t-il encore une dynamique pour les festivals, les récompenses et la reconnaissance photographiques ?
Bien sûr. C'est justement quand ça ne va pas forcément bien dans la profession qu'il faut communiquer et informer. Il faut informer les photographes amateurs que ce n'est pas très gratifiant de donner ses photos. De les proposer à des gens sans scrupules qui les vendent à 1 euro sur internet. Si ces photographes amateurs aiment la photographie et rêvent du métier de photographe professionnel, il faut qu'ils cessent d'agir ainsi. Qu'ils continuent à montrer leurs photographies dans leur circuit et autour d'eux, en respectant l'espace commercial dont ils espèrent, sans faire de concurrence déloyale aux professionnels qui paient charges, locations, impôts, etc. Mais il faut aussi informer le législateur que s'il permet de tels agissements, bientôt ça pourrait s'étendre à l'artisanat et ensuite à toute la société... Libres aux amateurs de s'installer comme photographes professionnels, avec les mêmes règles pour tout le monde. En sachant qu'un autoentrepreneur ne peut pas facturer de droits d'auteur.
Vous êtes en cours de préparation de la seconde édition du concours «Les Photographies de l'année», pour le printemps 2010, quelles en seront les nouveautés ou améliorations ?
D'abord, le jury sera constitué de sept personnalités de la photographie en Europe. Photographe, mais aussi directeur artistique, journalistes et autres professionnels de l’image. Ce jury ne sera connu qu'une fois les photographies déjà sélectionnées. Il y aura douze catégories pour la prochaine édition. Certaines ont fusionné et une nouvelle catégorie est proposée : la photographie de mariage. Tout cela dans le but de recevoir ce qui se fait de mieux en photographie professionnelle en Europe. Car le concours est désormais ouvert à tous les photographes professionnels européens.
Qui peut présenter ses oeuvres à votre concours et quels sont vos critères de sélection ?
Uniquement des photographes professionnels, pouvant justifier de leur statut ! Les critères : émotion, qualité, originalité, il faut que les images fassent d'abord rêver le lecteur ! Les images peuvent informer, dénoncer, mais c'est à Perpignan qu'il faut aller pour voir ce genre d'images, au Festival du photojournalisme.
Vous avez créé «L'APPPF» (L'Agence pour la Promotion de la Photographie Professionnelle en France). Pourquoi cette agence, quelle est sa fonction, quels sont ses objectifs ?
Comme son nom l'indique, «l'A3PF» est là pour faire la promotion de la photographie professionnelle. D'abord au travers des Photographies de l'année. Mais aussi à travers le livre des Photographies de l'année, les cartes postales, etc. Les images sont aussi en photothèque pour la vente. A moyen et long termes, j'envisage en plus du livre des photographies de l'année, d'éditer ou de coéditer un ou deux livres par an de photographes talentueux, pas forcément très connus du grand public. Mais une marche à la fois, surtout en ce moment, où l'activité économique est au ralenti.
Vous disposez dʼune photothèque personnelle importante dont le contenu est proposé au marché de l'illustration. Quelle est votre position par rapport au droit d'auteur et au marché émergeant, depuis quatre ou cinq ans, des photos auxquelles est appliqué le «libre de droit» ?
Le «libre de droits» est une fiction juridique ! Toutes les photos sur mon site sont en droits gérés. Le droit géré? C’est simple, si un client est intéressé par une ou plusieurs de mes images, il négocie avec moi l'étendue de la cession de droits. Le «Libre de droits», est une mauvaise traduction de «Royalty Free», l'un comme l'autre sont des formes de licences dont les termes sont en contradiction avec la loi sur les droits d'auteur. Inspiré du copyright américain, le «libre de droits» est une accroche marketing créée par des sociétés commerciales.
Le «libre de droits» n'est pas une photo gratuite que l'on peut utiliser sans limite.
Le «libre de droits» n'est pas libre du droit patrimonial. Il y a obligation de mentionner chaque droit cédé pour qu'une cession soit licite.
Le «libre de droits» n'est pas libre du droit moral. il y a, entre autres, obligation de signer du nom de l'auteur, et de ne pas modifier le visuel sans l'accord de ce dernier.
Le «libre de droits» n'est pas libre du droit des tiers, (personnes, lieux, oeuvres photographiées ou marques). Le« libre de droits« est une mauvaise donc, par définition inapproprié car incompatible avec le droit français. L'emploi du terme« libre de droit« est par conséquent abusif, et son utilisation est illégale.
Aujourd'hui, nombreux sont les utilisateurs de photographies qui pensent que les photographies «libre de droit» peuvent être exploitées sans aucune contrainte et à moindre prix. Ce système représente un affaiblissement des revenus pour les auteurs, existe t-il une alternative à ce type de banque dʼimages ?
Faire respecter la loi ! Le «libre de droit» ça n'existe pas ! On vit dans une société de droit. L'autre alternative, c'est le professionnalisme. Un professionnel qui travaille à la commande fournira toujours un travail de qualité constante. Pas l'amateur. C'est normal, ce n'est pas son métier. Le professionnel sera aussi au courant du droit des tiers et des dernières lois...
Devant une telle confusion du droit des auteurs et de la difficulté d'appliquer ce droit sur le marché de la photographie, quelles seraient les solutions pour une meilleure compréhension du travail des photographes et de la nécessité de respecter ce droit dʼauteur ?
A mon avis, il faudrait aller en justice contre ces gens sans foi ni loi. Non seulement ils ne respectent pas la législation française, mais en plus ils banalisent la photographie. Ils vendent des photographies comme si ils vendaient des boulons !!! Mais pour cela il faudrait plus d'unité au sein de la photographie professionnelle. Notre métier est fait d'indépendants, souvent seuls dans leur pratique quotidienne. Chaque photographe professionnel devrait être adhérent d'une organisation professionnelle ou d'un syndicat. Selon son activité principale ou sa sensibilité. GNPP, SNADI, UPC. Mais tous devraient être adhérents à la SAIF. Seule société d'auteur qui défend la profession et qui est habilitée à percevoir et répartir les droits des auteurs des arts visuels.
Vous êtes engagé pour la défense et la reconnaissance de votre profession, quels sont vos souhaits, que faudrait-il faire afin dʼaméliorer le système économique de cette profession ?
La première des choses, faire respecter les lois déjà existantes et obliger les agences qui utilisent le terme«Libres de droit" à cesser de le faire. Voire les condamner.
Même chose pour la mention DR. La mention DR (droits réservés) concerne les droits détenus par les photographes «ayant-droits" sur leurs productions. Si au tout début c'était plutôt une«bonne idée", force est de constater que depuis des années ça prive des milliers de photographes de leurs droits et de revenus importants, surtout en ce moment où la profession ne va pas bien du tout ! DR veut dire que le diffuseur (presse, édition, publicité, etc), provisionne les droits à verser à l'auteur lorsque ce dernier lui réclamera, à condition qu'il s'en aperçoive !
Etre plus solidaire et mieux défendu ! J'aimerais que tous les professionnels de la photographies et les institutions qui régissent notre profession se rencontrent et apportent de nouvelles idées. Plutôt que de combattre des gens avec qui nous travaillons régulièrement : les éditeurs, les agences, les éditeurs de magazines, les agences de publicité, mais aussi l'AGESSA, le RSI, les CCI, les chambres des métiers. Je trouve pour le moins navrant de voir des documents officiels de CCI, de chambres des métiers, de Conseil généraux, régionaux, etc.«d'oublier" de signer les photos. Ou de se les approprier en les signant de leur noms, sans mettre le nom du photographe ! De ne faire travailler aucun photographe local, et quand les photos sont signées, elles proviennent de ces fameuses agences à 1 euro la photo. Des photos prises en Serbie ou en Bosnie pour illustrer l'industrie française, c'est pour le moins incongru !
Un sujet de discussion photographique qui vous tient à coeur ? Vous avez un message à faire passer auprès des lectrices et lecteurs de Europe Photo ?
Je me suis installé comme photographe professionnel il y aura bientôt 23 ans. Dès ma première année, j'ai adhéré à une organisation professionnelle. Ce qui me paraissait logique, car lorsque l'on débute, on a tout à apprendre. Marc Riboud a dit :«Faire de la photographie, ce n'est pas tres difficile... Mais avoir un oeil ça prend vingt ans !". Et connaître toutes les arcanes de notre profession c'est encore plus compliqué. Selon notre statut : Agessa, RSI, CCI, Chambre des métiers ? D'où l'importance d'adhérer à une organisation professionnelle ou à un syndicat !
De manière plus générale, je trouve que les photographes n'ont pas la place qu'ils méritent. On vit dans une société d'images. On voit plus d'images que l'on entend de musique ou que l'on voit de films. Les nouvelles technologies ont accentué ce phénomène.
Pourtant, lorsque l'on parle de téléchargement illégal, de contrefaçon, les seuls interlocuteurs sont les professionnels du cinéma et de la musique !
J'aimerais que l'on change ça. Nous aussi nous participons à l'économie de notre pays. A la promotion de nos villes, de nos départements et de nos régions. De nos entreprises et événements familiaux. Certains photographes sont de remarquables ambassadeurs de la culture française. Pourtant, les photographes sont souvent les grands oubliés de cette fameuse culture française !
La photographie a été inventée en France, les pionniers sont Français. Pendant des années, la France a eu les plus grandes agences photographiques au monde. C'était la référence. Le photographe le plus connu actuellement dans le monde est certainement français ! De Robert Doisneau à Marc Riboud, en passant par Vincent Munier, Olivier Grunewald, sans oublier Yann Arthus-Bertrand, les photographes participent à l'économie de la France, sont bien souvent des acteurs majeurs dans des actions concernant le développement durable. Des milliers de personnes vont voir leurs expositions dans le monde entier. Malgré cela, ils ne sont jamais consultés ni rétribués lorsque l'on télécharge illégalement leurs images. L'utilisation d'images sans autorisation c'est de la contrefaçon.
On voudrait voir disparaître les photographes, que l'on ne s'y prendrait pas autrement !
Pascal Quittemelle
http://www.photographiesdelannee.com
Europe Photo vous remercie pour votre participation à cette interview.
Propos recueillis par P.R. pour Europe Photo - 2009-09-07
Photographies
Pascal Quittemelle
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