Portrait
Marc MALDINEZ, Photobis
© Photo Marc Maldinez
Marc Maldinez est fondateur de PHOTOBIS qu'il dirige depuis la
création du site en 1994. Egalement, directeur du Cabinet
d'Etudes en Réalisations Culturelles et Logistiques
Evénementielles (C.E.R.C.L.E), il travaille sur plusieurs
projets culturels d'envergure européenne.
Marc Maldinez, votre site Web PHOTOBIS
est probablement l'un des plus anciens du réseau Internet,
l'un des tous premiers sur la toile dans le secteur de la photographie.
Dans quel but aviez-vous créé PHOTOBIS ?
Tout d'abord merci de m'accorder cet interview. Effectivement le
site PHOTOBIS a été lancé
dès 1994-1995 sur l'un des premiers opérateurs
internet français de l'époque (Worldnet de
Sébastien Soccart). Dès les années 90
je m'intéressais à l'informatique et à
ce nouveau média du "Web" encore balbutiant en France, je me
souviens des connections très lentes avec des temps de
chargement d'images épiques et du fameux "trumpet winsock"
du modem ainsi que de son bruit strident si caractéristique…
En fait, en 1994 je commençais mes séries
d'expositions collectives "Festival Photobis" (ou M.B.P pour "Mois Bis
de la Photo") et j'éditais de beaux mais assez couteux
catalogues d'exposition "papier" pour chaque session semestrielle, en
découvrant internet j'ai tout de suite compris que je
pouvais porter les catalogues d'exposition en ligne pour en faire
profiter un plus large public et donner une meilleure
visibilité aux photographes, ainsi est né
PHOTOBIS, je n'ai d'ailleurs véritablement
exporté les catalogues comme "archives des expositions"
qu'à partir de 1996, il y sont encore visibles actuellement.
Par conséquent PHOTOBIS est avant tout né d'une
volonté de partage du réel sur la
sphère virtuelle internet, aujourd'hui le site a un petit
côté "vintage - since 1994" avec sa marque de
fabrique et son logo que tout le monde ou presque a
déjà croisé, j'aime bien cet aspect
monument qui montre cette volonté durable dans le temps,
d'ailleurs les institutionnels, historiens et conservateurs de
musées ou étudiants en arts plastiques vont
souvent y faire un tour et me posent des questions pertinentes d'ordre
historique en matière d'évolution photographique.
Mais un petit lifting du site est prévu pour
bientôt, le site va bientôt évoluer
visuellement et au niveau de ses caractéristiques
techniques, une question se pose : garderons nous ce typique "bleu
Photobis" ;-)
Depuis 1994, quelles sont les évolutions qui ont le plus
marqué votre parcours photographique sur la toile avec
PHOTOBIS mais aussi en qualité d'organisateur
d'événement ? Pour vous et selon vous, qu'est-ce
qui a profondément changé ?
Pour bien comprendre, il faut savoir que mon parcours
photographique personnel a commencé bien avant PHOTOBIS,
fils d'un photographe cinéaste & "TVaste", donc
plongé dans l'image très tôt,
études complètes de photographie, service
militaire au CEP des armées, ensuite plusieurs
années passionnantes dans un laboratoire photographique
professionnel parisien, photographe expérimental
(enregistré à la B.N), puis organisateur
d'expositions… je me suis ensuite penché
sérieusement sur le numérique, justement
grâce à internet. Et bien entendu
beaucoup de choses ont changées… On peut aujourd'hui parler
d'une véritable
opposition-complémentarité /
réel-virtuel, d'un "Monde numérique" à
part entière. C'est cette notion qui me semble importante,
non seulement en Photographie mais pour toute application,
étant consultant je tiens à mettre le doigt sur
ce point important : rien ne sera plus jamais comme avant avec internet
et le numérique, le tournant s'est effectué en
2000-2001, avec l'informatique on peut sans hésiter dire
qu'internet est l'une des inventions les plus
révolutionnaires de l'humanité, donc cela
dépasse de loin notre simple domaine de l'image
photographique.
Maintenant, effectivement internet a créé des
dommages collatéraux très importants dans la
communauté photographique professionnelle en redistribuant
toutes les cartes… ceci est par ailleurs valable pour beaucoup d'autres
domaines professionnels comme par exemple spécifiquement
"l'Edition". Je n'ai pas de jugement de valeur à donner ici,
car je suis à la fois triste de voir tout un monde
argentique partir dans les cartons de l'histoire mais aussi
très optimiste de tout ce partage grâce aux
"communautés internet" et aux sites communautaires. Reste
à savoir si partage signifie aussi dissolution dans la
masse… désinformation, détournement, perte de
l'identité personnelle ou collective, nouvelle
définition des valeurs et du travail… l'outil internet
étant dans toutes les mains, bonnes ou moins bonnes, chacun
fera ses choix, chacun ciblera ses communautés, nous
retrouverons dans l'avenir une sorte de réalité
virtuelle amplifiée sur le réseau, voire une
interconnexion "forte" des deux mondes, pour le meilleur,
espérons-le…
Les services que vous proposez sur votre site sont très
nombreux. Cependant, ce sont bien les activités culturelles
événementielles photographiques qui sont les plus
représentatives de votre activité.
A quel genre de photographes vos activités sont-elles
proposées ? A qui vous adressez-vous, quel est votre public ?
Comme la Photographie évolue très
rapidement, actuellement les genres artistiques ont tendance
à se mixer entre eux, je pense que c'est une bonne chose de
ne plus rester dans une seule voie classique, l'on doit parler
aujourd'hui davantage "d'art de l'image" que de photographie au sens
premier. Par conséquent on voit émerger des
artistes utilisant la photographie comme composante de leur art et non
seulement comme média prioritaire… Aller dans ce sens me
semble une orientation saine, dynamique et pleine d'espoir dans une
volonté d'aller au delà des
conformités établies pour définir de
nouvelles formes d'images, de nouvelles réalités.
Par conséquent les activités proposées
vont dans ce sens, avec un très large spectre. Photographie,
Arts contemporains, Peinture et Arts numériques vont
fusionner progressivement, PHOTOBIS va commencer une radicale mutation
en ce sens, nous en reparlerons le moment venu très
prochainement. Pour l'heure nous exposons les photographes en galeries
réelles sur Paris avec des partenariats professionnels,
l'organisation et la co-organisation sont les moteurs de notre
activité culturelle en cours, les photographes/artistes sont
effectivement très nombreux à vouloir exposer
"pour de vrai" et non seulement en virtuel sur internet… voyons ici un
juste retour des choses, exposer en vraie galerie est encore une valeur
sûre et gage d'un investissement personnel dans son art qui
est encore reconnu par les connaisseurs et acheteurs d'arts. Dans un
autre ordre d'idée PHOTOBIS propose toujours des Galeries
virtuelles photo qui sont surtout de bonnes vitrines très
bien indexées sur les moteurs de recherche, ces portfolios
permettent souvent de passer ensuite sur des expositions
réelles, ceci via nos relations & nos contacts,
lesquels sont assez nombreux depuis plus de 15 ans
déjà...
Que pensez-vous de l'avénement du numérique au
cours de ces dix dernières années, de son
intégration dans les appareils photo, ajouter à
cela toutes les manipulations logicielles possibles ? Est-ce un
critère d'évolution, de création,
fondamentale à retenir pour la photographie artistique ?
Comme je l'ai déjà dit
précédemment, l'on n'arrête pas le
progrès même s'il y a des dommages dans des
strates professionnelles, on peut s'imaginer l'avènement du
numérique comme celui de l'apparition
génétique d'une nouvelle race
surdouée… laquelle domine toute la planète et
prend le dessus sur les anciennes générations.
Par conséquent le numérique étant
maintenant omniprésent il faut qu'il devienne "mature", pour
l'instant il est encore un peu sauvage à mon goût,
tout le monde se dit "photographe" en cliquant sur son appareil, et
tout le monde se dit artiste en ajoutant un petit effet
numérique. La démocratisation de l'outil et de
ses accessoires annexes aura eu la peau des professionnels qui
étaient les gardiens du savoir du développement
et du tirage photographique… Aujourd'hui, la prise de vue
étant simplifiée à
l'extrême, il faut peut-être remettre un peu de
"matière grise" dans le sujet et complexifier ce qui est
devenu si simple… c'est la prochaine
évolution-révolution de l'image
numérique, on voit déjà aussi pointer
la 3D avec Avatar (allons nous aussi vers une prochaine
démocratisation du procédé
"réseau lenticulaire" 3D si couteux ?!)… Mais finalement
créer une image c'est aussi une question de "Connaissances
artistiques" et non seulement uniquement une question de "savoir se
servir d'un outil" ou de simple technique pure.
Une création "logicielle" ne place t-elle pas son auteur
dans un registre de l’artifice photographique ? Ces
manipulations ne sont-elles pas une sorte de cocktail technologique qui
entraîne son auteur dans une ivresse proche du
délire de la manipulation d’images, source de
dérives, parfois, vers un grand "n'importe quoi"
photographique ?
Justement, nous en sommes certainement encore au "tout et
n'importe quoi" mais c'est une phase nécessaire de
l'évolution du média, qui à pleine
maturation et dans les mains de certaines personnes ayant l'application
de ces Connaissances feront certainement des chefs d'oeuvres
numériques au même titre que nous avons eu des
Mozart, des Rembrandt ou des Léonard de Vinci :-)
Marc Maldinez, lorsque vous regardez une photographie, à
quoi êtes-vous sensible, d'un point de vue personnel, vous,
qu'est-ce que vous aimez, quelles sont vos
références, les photos qui vous ont fait ou vous
font encore rêver ?
Je suis très compliqué en
matière de choix photographiques personnels, j'ai mes coups
de coeur, lesquelles sont souvent différents ou assez
éloignés de mes choix professionnels lors des
sélections de dossiers d'exposition en galerie, et bien
heureusement pour la diversité… Donc pour parler vrai,
j'aime beaucoup les photographies très
esthétisantes, bien finies ou puissantes, les abstractions
photographiques, j'ai aussi évidemment une passion pour les
nus féminins, les univers originaux et très
décalés. Si je peux citer ici quelques
photographes préférés, très
différents dans les styles mais toujours "puissants" dans
l'exécution et dans l'aboutissement : Georges Rousse, Lionel
Bayol-Thémines, Jan Saudeck, David Lachapelle, Chayan
Khoï, Alberto Garcia Alix, Giacomo Costa, Uwe Ommer, Klaus
Thymann… et évidemment tant d'autres "grands classiques".
Vous êtes «photographe dans
l'âme», vous avez été
responsable d'une unité de laboratoire photo à
Paris, puis graphiste et Journaliste Reporter d'Images. Aujourd'hui,
quelles sont vos ambitions, avez-vous un projet photographique
personnel ?
Je reconnais être assez ouvert sur mes
différentes activités actuelles, beaucoup de
domaines me passionnent, l'informatique, l'image, internet, le
consulting, la communication & l'information, etc… de plus j'ai
une vue assez hollistique du monde donc je n'aime pas trop me couper de
ce que je sais faire ou aime réaliser et analyser… Pour ce
qui est des projets, j'en ai plein les ordinateurs et les cartons, mes
post-it couvrent les murs, donc le principal pour moi actuellement est
de rencontrer les bonnes personnes qui ont aussi des objectifs
ambitieux et originaux, tout en regroupant ces domaines (lesquels sont
très souvent liés à l'image, au sens
large). En deux mots c'est tout un monde à
définir avec ce savoir-faire mais "en partageant", car je
crois dans le travail collaboratif et non dans les initiatives
fermées et cloisonnées. Je pense à
deux principales orientations différentes et pourtant
complémentaires : ouvrir une galerie d'art sur Paris et
aussi développer le concept d'univers virtuel comme Second
Life dont je suis fan… le tout en continuant de manière
indissociable mes activités en qualité de
consultant BtoB… Donc : "à suivre" et n'hésitez
pas à me contacter pour des collaborations dans ce sens, je
suis à l'écoute.
Quels sont les projets de PHOTOBIS pour les années
à venir ? Sur votre site vous évoquez une
décennie type "Global Fusion Web Interface" W5,
pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Oui, comme vous le savez, étant par ailleurs
consultant indépendant (C.E.R.C.L.E), j'ai accès
à beaucoup d'informations et mon activité
s'articule autour de missions de réflexion et sur la
cogitation de problématiques d'entreprises,
environnementales, d'ergonomie ou d'optimisation de process ou de
qualité de vie et de travail, voire de psychologie… pour
faire simple. Par conséquent en faisant un peu de
prospective (comme je l'avais déjà
prévu l'évolution de l'Edition face à
internet, ceci dès 2000) nous allons vers un Monde
à deux têtes, notre "univers réel" +
une "réalité augmentée". Dans l'avenir
ces deux entités seront intimement liées
d'où mon terme de "fusion globale", le W5 est une probable
évolution du Web 2.0 en Web 5.0 où les interfaces
seront directement connectées "homme-machine"… je sais ce
que certains diront : "nous ne sommes pas dans l'univers d'Ubik ou de
Matrix"… mais nous y arriverons un jour et certainement bien plus
rapidement que nous ne le pensons, notamment avec les nanotechnologies
qui permettrons à l'homme d'intégrer directement
"in vivo" des éléments informatiques de
"très haut niveau" et d'accéder à un
savoir illimité via ces interfaces bio-informatiques. Mais
nous n'en sommes pas encore aujourd'hui à
l'époque des cyborgs ou du Web 5.0.
La photographie est un secteur d'activité qui a souffert, et
encore aujourd'hui, d'un manque de respect quant à
l'observation du droit des auteurs. La vente des tirages photos est
l'une des sources de revenus pour un photographe. Comment
ressentez-vous l'évolution de la photographie
professionnelle et artistique pour ces prochaines années ?
Auriez-vous des suggestions à faire en ce sens
auprès des artistes photographes qui souhaitent exposer
leurs œuvres et espèrent en tirer une
rémunération ?
C'est une question fondamentale, lorsque j'expose des
photographes ou des artistes, je donne toujours ces informations
capitales en avant-propos de tout ce qui suit de manière
pratique durant mes rdv, ces conseils sont issus d'études
fournies par la Documentation Française (dont je recommande
la lecture) et par les conservateurs successifs de la
Bibliothèque Nationale Richelieu (Cabinet Estampes &
Photographie) que j'ai pu rencontrer lors de
dépôts légaux. La
numérotation limitée (1/3, 1/5, 1/7, 1/10 … 1/25)
est une pratique nécessaire si l'on veut vendre ses
photographies, d'autant plus aujourd'hui avec la possibilité
de "cloner" à l'infini ses images numériques.
En ce qui concerne les droits, de reproduction, de vente, de copyright,
de copyleft, de droits partagés ou tout autre
système de protection légale, c'est
déjà au photographe de bien définir
son statut commercial et de savoir comment il veut être
perçu (dans tous les sens du terme). La notion de tirage
papier numéroté (comme pour les estampes) semble
donner une certaine valeur et un crédit à
l'oeuvre, mais sans les notifications habituelles d'usage telles que :
la signature, la numérotation, le nom de l'oeuvre, un
numéro de dépôt légal
institutionnel, on aura beaucoup de mal à entrer dans un
marché qui a ses règles ou bien à
simplement vendre à un particulier si celui-ci n'a pas
l'assurance que ce qu'il achète est en série
limitée (voire unique dans certains cas d'oeuvres
retravaillées, colorisées, grattées,
collées, découpées, etc…).
Je ne pense pas forcément que sur ce sujet les lois sur
l'économie numérique ou autres lois restrictives
et agressives puissent avoir un poids quelconque sur
l'avancée du monde internet qui est un rouleau compresseur
que l'on n'arrêtera pas si simplement par de multiples
décrets inapplicables dans la réalité…
Pour la Photographie sur internet on pourra toujours copier ce que l'on
voit à l'écran, par contre seules les oeuvres
certifiées par l'auteur auront une vraie valeur, c'est le
contrat moral et commercial entre les deux parties qui prime, c'est
encore une question de partage, d'offre et de demande, de
réalité et de virtualité. La valeur
des objets, artistiques ou non, c'est finalement la valeur que l'on
veut bien "attribuer" à ces objets au sein d'un travail
effectué dans un environnement concurrentiel, c'est ici le
grand défi de la "valeur du travail" et du savoir-faire dont
il est question… c'est d'ailleurs LA grande question
planétaire dont nous ne faisons que commencer à
entrevoir la complexité, tant économique,
intellectuelle, que philosophique ou éthique : la crise que
nous vivons actuellement est une résultante de cette crise
des valeurs et de l'incertitude des notions de valeur du travail, de la
place de l'homme dans la société qu'il a
construite mais qui lui échappe, notamment, encore une fois
à cause d'univers virtualisés comme la Bourse, la
notion de "Marché global" ou "d'Entités
Multinationales" détachées de la vraie
réalité de l'Homme et des ressources
réelles de la Planète sur laquelle il vit… Comme
vous le voyez, l'art et l'économie sont liés et
il faut actuellement se poser les bonnes questions de
manière globale et non plus de manière
corporatiste. A titre indicatif, c'est bien la notion de
rentabilité qui a eu raison de supports photographiques
prestigieux comme le Cibachrome et le Polaroïd, et
certainement prochainement aussi des tirages argentiques.
Un sujet de discussion photographique qui vous tient à coeur ? Vous
avez un message à faire passer auprès des lectrices et lecteurs de
Europe Photo ?
Je souhaite aux lecteurs d'Europe Photo de prendre encore
longtemps du plaisir à réaliser des images,
à fixer la réalité ou à la
transformer, c'est une sorte de magie dont la technique nous a
dotée, avec des outils de plus de plus simples d'utilisation
et de plus en plus performants; alors profitons de cette magie de
l'image et montrons ce que nous savons en faire ! Si vous avez des
oeuvres photographiques à présenter ou
à exposer, n'hésitez pas à me
contacter sur http://www.photobis.com
Marc Maldinez
http://www.photobis.com/MARC_MALDINEZ.html
http://www.photobis.com
Europe Photo vous remercie pour votre participation à cette interview.

