Centre de ressources Web sur la photographie

Tout sur la photographie, ou presque, en un clin d'œil

Editorial

La chronique de P.R., "éditorialisée"

A la lumière de ma lampe

Photographes, avez-vous vraiment quelque chose à dire ?

Image of desk lampUn secteur professionnel en pleine désolation qui voit ses droits d'auteurs fondre comme neige au soleil. Des photographes découragés par les nouvelles dispositions de la Hadopi en faveur des banques d'images "low cost". Des photojournalistes dépités par des mesures gouvernementales de bouts de chandelles. Des photojournalistes qui ne cessent de pleurer sur leur site Web mais qui, lorsqu'on les interroge sur la question afin de partager leur expérience, leur opinion, finalement, se dérobent à la vue d'une interview de dix questions. Une profession qui parle beaucoup pour sa propre chapelle au sein de laquelle le mot solidarité, même gravé dans la pierre, est parfois loin, voire même très éloigné d'une mémoire ou d'une action collective, si elle existe encore. Ainsi, chacun tente de sauver sa propre trésorerie, chacun dans son petit coin, comme d'habitude. Les partenaires sont affaiblis et le peu qui existe et subsiste ne parvient plus à sauver ce qu'il reste d'un métier en perdition. Car c'est une mutation bien plus importante que nous pouvions l'imaginer, c'est une véritable révolution sociale de l'usage des médias numériques qu'il eût été impossible à prévoir il y a quelques années, depuis l'émergence du Web 2.0.

Photographies et Web 2.0

Les réseaux sociaux, ces plate-formes collectives qui se partagent la destinée du réseau, Facebook et consorts, sont en train d'absorber le Web à très grande vitesse et vont encore changer nos habitudes de navigation et de consommation des produits culturels dans les mois à venir. Une autre génération d'internautes pousse, arrive, consomme et transforme les stratégies commerciales des services de marketing online. La consommation d'image est plus réactive, les photos voyagent, se partagent et l'on ne se préoccupe plus des droits d'auteurs. C'est l'émotion, l'humour, la rigolade qui prime. Et finalement, n'est-ce pas mieux ainsi sur le Web ? Une nouvelle génération ringardise les prises de vue ennuyeuses du siècle dernier, déjà mortes par nature. Aujourd'hui, les photographies sont enrichies avec de la musique, présentées dans des vidéos, animées, plus vivantes. Quant à l'analyse de l'image elle-même, les codes changes. Quel intérêt y a t-il à vouloir expliquer pourquoi une composition devrait être comme-ci, comme-ça, pas comme-ci, pas comme-ça ? Cela n'a plus beaucoup de sens dans un contexte d'utilisation sur le réseau des réseaux. Le monde du Web sans fiche, les vieilles galeries de photographies sont de plus en plus désertes, tels des cimetières à tiroirs au fond desquels s'entassent des reliques pour les historiens de l'image, des collectionneurs certes qui achètent mais qui, narcissiques et égocentriques, ne partagent jamais rien de leur trésor poussiéreux, alors bien loin de servir à quelque chose. Aujourd'hui, une majeur partie de la jeunesse qui navigue sur le Web s'en moque. Le monde change. Les mentalités changent. Les centres d'intérêts et l'utilisation des photographies sont nouveaux, plus généreux aussi. Oui, la société est réellement en pleine et profonde mutation, et le Web, avec ses nouveaux modes de consultation, de navigation, de consommation, tel un miroir, nous renvoie l'image implacable, réaliste et envahissante de cette transgression, de cette nouvelle vague.

Vers la fin d'un métier

Non, pour quelques niches de prises de vue industrielles et publicitaires. Oui, pour le reste, tel le photojournalisme. La parole est aux internautes, et l'image, les témoignages visuels, audiovisuels, aujourd'hui, sont aux mobinautes. Il nous suffit de constater le rôle extraordinaire des appareils mobiles et leurs fonctionnalités photo/vidéo utilisées lors des révolutions arabes. Un potentiel technique et pratique extraordinaire pour l'enregistrement et la diffusion des témoignages en temps réel. Une profusion de photographies, de vidéos, postée sur la plate-forme collective de Facebook, des informations et URL relayées sur Twitter. C'est aussi cela le nouveau photojournalisme. Certes, moins professionnel, mais tout aussi efficace et riche en information. Et c'est cela qui prime aujourd'hui sur le Web. Le temps des "reporters" photographes et vidéastes traditionnels, pour ce genre d'événement, est pour ainsi dire révolu. Place aux "Citizen journalists", une nouvelle forme de journalisme : les journalistes citoyens. Ici, plus question d'argent, de droits d'auteurs, mais de messages visuels et de luttes pour un objectif et intérêt communs : faire tomber la dictature. Et cela n'a pas de prix, tout comme la démocratie.

Photojournalistes, magazines d'information ? Où sont les limites ? Même au titre de la liberté d'expression et du droit à l'information, est-il bien moral de se faire du fric avec des "droits d'auteurs" en achetant, en vendant des photographies de manifestants morts qui, eux, ont payé avec leur vie. Dans ce cas bien précis, et c'est bien là l'un des intérêts des "Citizen journalists" et des réseaux sociaux, c'est le droit d'auteurs qui est "down", "has been". Compréhensible, et finalement légitime.

Grâce au Web 2.0, ses réseaux sociaux, aux nouvelles technologies embarquées dans les appareils mobiles, aux "Citizen Journalists" qui luttent pour la démocratie, leurs photographies, leurs vidéos, une partie de la face du monde a changé...depuis un an...Mais l'avenir est entre leurs mains et dépend de chacun d'entre eux. A l'inverse, la France est à deux pas de basculer vers une idéologie extrémiste d'un autre temps. Une partie de la face du monde risque de changer...pendant cinq ans... Mais l'avenir est entre nos mains, et dépend de chacun d'entre nous.

P.R. – 31 janvier 2012

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